Le cri de colère d’U.S. Girls

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Meghan Remy, la tête pensante derrière U.S. Girls surprend par l'extrême versatilité de son style.

Fou, difforme, instable, enragé… ces qualificatifs viennent immédiatement à l’esprit lorsque l’on parle d’U.S. Girls.

Ou plutôt d’une U.S. Girls, à savoir Meghan Rémy, qui a fondé le groupe en 2007 mais en forme en réalité le seul membre permanent. Les autres musiciens débarquant sur ses titres tels des météorites avant de disparaître aussitôt. La chanteuse-compositrice, née aux USA mais exilée à Toronto, a deux particularités majeures : une recherche sans cesse renouvelée de nouvelles sonorités d’une part et une colère sourde contre la domination masculine qui se retrouve dans chacun de ses textes.

Côté musical d’abord, difficile de classer U.S. Girls. La quantité impressionnante d’instruments présents dans certains morceaux donnant parfois plus l’impression d’écouter un bordel organisé que de la musique pop, genre fourre-tout dans lequel on l’a rangé il y a quelques années, ne sachant trop où la situer. Quand Meghan Rémy ne décide pas carrément de s’amuser comme une gosse avec la table de mixage comme dans le titre qui ouvre son dernier album « In a poem unlimited ».

C’est cependant dans ce dernier album, plus accessible, qu’U.S. Girls révèle tout son intérêt. En s’ouvrant à de nombreuses collaborations, elle a diversifié encore son style. Faisant ainsi rentrer du surf rock (« Mad as hell »), du soul-jazz (« Velvet 4 sale »)ou même un soupçon de rap (« Pearly Gates ») dans ses compositions. On retrouve même, enfin, de la pop, tout à fait dansante . Sortie de sa solitude, la chanteuse semble s’ouvrir à un nouveau monde pour faire passer ses messages.


Les messages justement. Il ne fait aucun doute, à l’écoute d’U.S. Girls, que c’est avant tout des textes sur lesquels il faut s’attarder. On imagine mal Meghan Rémy produire quoi que ce soit qui ne veuille rien dire, pour le simple plaisir de la musique. Il suffit d’écouter les paroles scandées de « Rosebud » (oui, c’est une référence à Citizen Kane) pour s’en convaincre. « A cage holds you/We’ve all got one we call home/In the event of a 9-1-1/Who holds the key is what you need to know ». Une vision déprimante du foyer où l’homme y est vu comme un danger. L’homme, ou plutôt la domination masculine, forgeant la rage qui tend tout les albums de Meghan Rémy.

Une colère non pas personnelle mais politique. Comment interpréter autrement « M.A.H » (ou Mad as hell) qui est un violent réquisitoire contre Barack Obama. Le champion démocrate l’a emmenée « for an 8-year ride though you were never by my side » dont elle est ressortie fortement déçue. Malgré l’espoir suscité par son élection, l’homme politique n’aura fait que poursuivre lâchement la politique de ses prédécesseurs selon elle.

U.S. Gils ne peut pas plaire à tout le monde avec ses propositions radicales, mais en réussissant à marier la pop américaine classique (on pense beaucoup à Madonna ou Gwen Stefani) et des expérimentations branlantes dont on se demande comment elles peuvent tenir debout, Meghan Rémy garantit à ses auditeurs de sans cesse les surprendre. De nos jours, c’est devenu une rareté à chérir.

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